Entrevue: le rôle que jouent les coopératives pour la croissance financière et l'entreprise inclusive

02 Apr 2015

Bonjour, Monsieur Bancel. Nous comprenons que vous représentez les banques coopératives devant le B20, en tant que membre de la délégation B20 de l’Alliance. Pourriez-vous nous fournir quelques détails sur les opportunités pour les banques coopératives aujourd’hui, et les recommandations politiques que vous projetez d’y formuler? 

Jean-Louis Bancel: Depuis Sydney l'an dernier, j' ai participé aux travaux B20. Je me suis inscrit dans deux groupes, et je pense que des banques coopératives peuvent y être utiles: « croissance financière » et « entreprise inclusive ».

Le premier objectif commun à tous les membres de la coopérative participant aux travaux B20 est de ne pas laisser penser les dirigeants mondiaux qu'il y a une solution miracle, de les convaincre que les grandes sociétés de capitaux ne représentent pas la seule option pour promouvoir l'économie. Mes collègues et moi allons leur expliquer le rôle que jouent les coopératives pour la biodiversité de l'économie. La biodiversité renforce l' économie. De plus, les coopératives sont un atout considérable pour les dirigeants mondiaux: nous sommes localomondiaux, c'est-à-dire que nous sommes a la fois actif au niveau local avec les coopératives primaires et au niveau mondial avec les structures de l' ICA.

C' est pourquoi j' ai choisi de m' engager dans ces deux groupes: « Croissance financière » pour l'international  et « entreprise inclusive » pour tout ce qui est local.

Monsieur Bancel, les banques coopératives sont un secteur très diversifié, avec des banques petites et d’autres parmi les plus grands. Pourriez-vous nous en dire davantage sur leur rôle dans le financement des PME et des entreprises locales ? 

Jean-Louis Bancel: Vous avez raison, le mouvement des banques coopératives est très diversifié : des petites caisses de crédit locales aux grands groupes comme Desjardins ou le Crédit Agricole. Mais indépendamment de leur taille, il est intéressant de comprendre ce qu'ils ont en commun: leur engagement dans « l'économie réelle »,  à travers l'octroi d'hypothèques ou de prêts aux PME.

Cet investissement dans « l'économie réelle » est la raison pour laquelle les banques coopératives ont résisté à la crise financière. L' Organisation internationale du travail a fourni une analyse détaillée de ce succès. Les banques coopératives y sont décrites comme plus résistantes que les enseignes bancaires pendant la crise financière. Et ce, grâce à leur engagement dans l'économie réelle. Pourtant, ces banques peuvent être plus vulnérables face à une crise financière majeure. Cela nous inquiète donc beaucoup que les régulateurs n'aient pas l'air de prendre en considération les exigences des banques coopératives lorsqu'ils édictent les régulations du secteur bancaire.

L’année dernière les plus grandes banques Européennes ont été soumis à un test de stress et une revue de la qualité des actifs. Comment a été évaluée la performance des banques coopératives? Est-ce que des faiblesses ont été identifiées? Peuvent-elles résister aux chocs futurs ?

Jean-Louis Bancel: Pendant l' automne de l' année dernière, la BCE a publié les résultats des tests effectués sur leur portefeuille de prêts et sur leur responsabilités financières. Les tests ont uniquement été menés sur les banques les plus importantes. C'est pourquoi, comme peu de banques coopératives sont membres de groupes systémiques ou considérées comme systémiques à cause de leur taille, très peu d'entre elles ont fait l'objet de tests.

De façon générale, les banques coopératives, sans surprise, ont réussi le test. L'étude du FMI sur les banques coopératives, publiée en 2007, les a présentées comme étant très conservatrices à l'égard de leur politique de prêts et même comme étant surcapitalisées. Je note que l'opinion émise par le FMI à l'époque peut aujourd'hui apparaître étrange. Dans certains cas, quelques banques coopératives doivent renforcer leur base financière. Dans certains cas, cela peut donner lieu à une fusion pour atteindre un meilleur profil financier.

Monsieur Bancel, après la crise financière, un nombre de changements légaux ont été introduits, pas seulement au niveau de l’UE, mais aussi au niveau mondial, avec l’Accord Bâle 3. Les reformes ont-elles apporté des changements pour les banques coopératives, concernant les niveaux de capital et la liquidité ? Comment répondent les petites banques au fardeau de législation et régulation ?

Jean-Louis Bancel: Jusqu'à présent, il était difficile d'être écouté par les autorités de régulation. Par exemple, le G20 de Londres, qui a mis en place l' augmentation des capitaux requis pour les banques, a demandé au Comité de Bâle de prendre en compte la diversité des modèles juridiques et économiques du secteur bancaire. Malgré la requête présentée par les banques coopératives, la définition des capitaux n'a pas pris en compte les parts coopératives. C'est pourquoi nous devons convaincre les régulateurs nationaux que les parts coopératives sont importantes pour le capital. Nous l'avons fait en Europe. J'espère qu'il sera possible de faire de même à l'international. Convaincre le régulateurs de prendre les demandes de banques coopératives en considération peut s'avérer long et fastidieux. Certains régulateurs affirment que c'est impossible car cela transgressait la notion de règles équitables pour tous. C'est évidemment faux. Leur refus de de prendre en compte le choix du peuple et la décision du législateur est soit un refus de démocratie soit une directive idéologique secrète visant à imposer une stratégie de non-choix. C'est exactement ce qui se passe en Italie: le gouvernement a décidé que la "bancos Popolaro", avec un bilan de 8 milliards d'euros, sera convertie en SARL sans vote préalable des membres. C'est une décision mal avisée et l' ICBA est prête à aider ces banques coopératives dans leur bataille juridique.

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